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CINESCOPE

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La Critique: AU REVOIR LA-HAUT, Attention: Chef-d'oeuvre!!

Publié le 5 Janvier 2018 par Cédric Pannier in CRITIQUES DE FILM

AU REVOIR LA-HAUT, sortie cinéma le 25 Octobre 2017.

AU REVOIR LA-HAUT, sortie cinéma le 25 Octobre 2017.

Wouahhh!!! Que ça fait du bien de voir un film français de cette qualité!!

Oui, je sais c'est un événement en soi, je suis allé voir un film français en salles. En général, je le garde plutôt pour la télévision ou la vidéo. Je préfère le cinéma américain, c'est comme ça, et ce, pour plein de raisons, mais ce n'est pas le sujet ici.

Le sujet ici, c'est "AU REVOIR LA-HAUT" de et avec Albert Dupontel, qui est une véritable pépite!

CHEF D'OEUVRE

CHEF D'OEUVRE

Synopsis:

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire...

Nahuel Perez-Biscayart et Albert Dupontel

Ce nouveau film d'Albert Dupontel est l'adaptation du roman de Pierre Lemaître, AU REVOIR LA-HAUT. Ce roman avait déjà été particulièrement remarqué, puisqu'il fut le prix Goncourt de l'année 2013.

Le film respecte pour beaucoup l'oeuvre initiale, dont il prend la trame principale. De l'aveu d'Albert Dupontel, l'essentiel de son travail fut de porter le film dans une écriture cinématographique, de l'agencement des scènes, aux décors, en passant par la composition de l'image, ou bien encore des personnages, ou de la musique. Le travail de Pierre Lemaître était déjà très complet dans la description de l'histoire, de son déroulement, comme dans la description des différents masques portés par le personnage Edouard Péricourt. Le travail de Pierre Lemaître était déjà très abouti pour son roman.

Le film relate une période et des faits difficiles, que furent les jours de l'après guerre 14-18. Période, où les morts étaient honorés par des monuments, lorsque les vivants vétérans de la guerre, pour certains, amputés et défigurés par les bombardements, furent rangés au rang de parias de la société. Ces rescapés étaient gênants, car, par trop le miroir d'une véritable boucherie, avant d'être pour la France, la fierté d'une guerre gagnée. Reflet d'autant plus gênant pour ceux qui firent commerce, et s'enrichir grâce à la guerre et ses conséquences. Le film, par le rôle du lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte), relate tout le cynisme d'une époque au travers un humour des plus caustiques.

Niels Arestrup et Laurent Lafitte

"Le casting, une réelle force de ce film..."

Ce qui m'amène à parler du casting de ce film: Albert Dupontel qui joue le rôle d'Albert Maillard, nous livre une interprétation haute en couleur, mais ce qui est le cas de tout son film, tant celui-ci donne vie à des personnages forts, émouvants ou même drôles. Outre la prestation de Laurent Lafitte, ou celle d'Albert Dupontel, c'est celle de Nahuel Pérez-Biscayart, qui bien que caché derrière ses masques, réussit à émouvoir. Le casting, une réelle force de ce film, aucun rôle n'est ici laissé de côté.

Casting: Albert Dupontel, Nahuel Pérez-Biscayart, Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Niels Arestrup et Emilie Dequenne.

Dans le film, le masque est un élément essentiel du personnage joué par Nahuel Pérez-Biscayart. Ces Masques, très décrits dans le livre, sont le fruit travail réussi de Cécile Kretschmar.

Ces masques sont le moyen de surpasser la réalité trop cruelle d'être revenu défiguré, de pouvoir s'attacher différentes personnalités (mise en abîme du métier de comédien, me direz-vous?), du masque de voleur à la Fantômas des années 1900, au masque de vieux monsieur, ou celui avec des lèvres qui peuvent bouger selon l'humeur, pour en finir avec le superbe masque de tête de paon.

La symbolique du paon est ici en totale adéquation avec l'histoire du film: En Chine, il est le symbole de paix et de beauté. Dans l'art Chrétien, il est symbole de renouveau, de résurrection. Pour bien comprendre cette métaphore, il faut évidemment voir le film, dont je ne vous conterai la fin.

Du décor à la musique, l'atmosphère des années 1900 d'après-guerre est très bien rendue: on notera la partition de Christophe Julien, qui marque bien ce début des années 20 commençant, définies plus tard par le terme des années folles.

Les décors de Pierre Quefféléan ne sont pas en reste, et représentent un réel défi: entre celui des tranchées ou celui du Paris de l'époque. Pierre Quefféléan fut également chef décorateur, il y a vingt ans, d'un autre très grand film: il s'agit de SEPT ANS AU TIBET de Jean-Jacques ANNAUD avec Brad Pitt en 1997.

Ces décors et cette musique ont été mis en valeur par la réalisation intelligente de Dupontel, qui a employé des focales permettant de saisir tout l'impact visuel des rues de Paris ou des tranchées. Deux univers très différents, juxtaposés, qui montrent l'horreur des tranchées, et la vie tranquille des rues de Paris, qui donne l'impression que rien ne s'est passé.

"...Le cadre au service de son histoire."

La réalisation de Dupontel est un délice tant il maîtrise le cadre au service de son histoire.

Pour exemple, la scène de confrontation entre le personnage de Laurent Lafitte et celui de Niels Arestrup, montre un Laurent Lafitte assis dans un canapé, occupant une bonne partie de l'image, face à Niels Arestrup debout, isolé dans un cadre large. Ce champ/contre-champ réussi, assoit visuellement la domination de l'un par l'autre personnage. Même les plans serrés, où Lafitte, bien que filmé en plongée, prend la majeure partie de l'image. Cette façon de filmer appuie le sens de la scène dominée par le personnage de Lafitte.

Autre scène, l'arrivée de Dupontel à la résidence des Péricourt pour assister au dîner, filmée en plongée, marque bien l'écrasement du personnage devant un monde auquel il n'appartient pas. Le dîner est également filmé de sorte qu'il fasse ressentir son mal-aise face à tant de mondanités, pris dans un cadre fermé entre des bougeoirs qui ne lui laissent guère d'espace pour respirer.

La scène la plus frappante montrant cette différence de caste, est le départ de Dupontel, qui est rappelé par le personnage d'Arestrup du haut de son balcon. Cette scène filmée en plongée/contre-plongée est visuellement très significative, au regard de la différence de position sociale des deux personnages.

On notera, enfin, la recherche d'une photographie particulière: le film, une fois tourné, fut colorisé afin de retrouver une certaine patine, un peu à la manière dont été colorisées les photos de l'époque. Le résultat est une image à l'esthétique certaine.

Vous l'aurez compris ce film est une véritable réussite, d'une maîtrise totale dans sa réalisation. Si vous ne l'avez encore vu, je ne saurais que trop vous recommander de courir le voir dans les salles qui le diffusent encore.

Bon, je ne suis pas bon pronostiqueur, mais il ne serait pas incongru de prédire plusieurs César pour ce film. Je verrai assez bien: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleurs décors et photographie. On verra déjà à l'énoncé des nominations pour les César 2018, le 31 janvier 2018.

La Critique: AU REVOIR LA-HAUT, Attention: Chef-d'oeuvre!!
La Critique: AU REVOIR LA-HAUT, Attention: Chef-d'oeuvre!!
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